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Articulation clinique : Déchaînements émotionnels et renforcements démesurés du « moi »

dimanche 28 décembre 2003, par Louys Jacques ©

 
 
 

 


 Introduction


 

L’acquisition de l’autonomie par un petit enfant va nécessiter de sa part la réalisation d’équilibres de diverses fonctions psychiques.

Un de ces équilibres utilise la construction d’une image de soi corporelle, qui lui permet de se donner une limite et une originalité personnelle, par la création d’un « moi » extériorisable. Il s’agit de se donner un genre propre.

 

 

Pour faire pendant à ce moi exposé, un « moi-même » interne sera réalisable par la prise de conscience d’un éprouvé corporel unifiant imaginairement le corps dans une même tonalité affective ; c’est le pôle des émotions propres, de la capacité de s’émouvoir de façon autonome, d’éprouver ces émotions et de créer des affects durables.

Note : deux façons de construire une image psychique réflexive sont perceptibles ici :

  • l’une unifiant les morceaux corporels par un sac englobant et par la création d’une limite remarquable entre intérieur et extérieur ( ternaire par là-même ) ; c’est le moi-même cognitif ;
  • l’autre unifiant les composantes du corps par un même éprouvé interne, une même globalité affective ( et donc de façon duelle, sans faire intervenir l’extériorité corporelle ).

Nous sommes dans le deuxième cas ici.

Une harmonie ou une dysharmonie de construction va pouvoir se déceler selon l’équilibre plus ou moins assuré par l’enfant dans le développement de ces deux pôles imaginaires.

 

« moi » / « moi-même affectif »

 

Dans le courant d’une vie, une dysharmonie de développement à ce niveau va pouvoir se trouver réactivée dans l’apparition de tableaux cliniques. Un défaut de fonctionnement d’un pôle va se voir soudainement renversé dans un excès par un effet de retour du refoulé et un symptôme apparaître de ce fait.

Le « moi-même » imaginaire interne des émotions peut ainsi faire symptôme et ce de manière d’autant plus étonnante qu’il était trop ténu auparavant ; c’est le symptôme de déchaînement émotionnel ; et la personne soumise aux désagréments de ce symptôme peut essayer de radicaliser la situation précédente où le pôle contraire, celui du « moi », était prédominant, pour rétablir la situation dans une adaptation à son problème ; c’est une adaptation pathologique par renforcement démesuré du « moi » puisque son raidissement ne fait que reculer le moment de l’apparition finale du symptôme et ne résout pas la faiblesse de fonctionnement du pôle psychique ainsi révélé.

Nous allons décrire maintenant succinctement cette clinique, tout d’abord le symptôme de déchaînement émotionnel et ensuite le moyen de défense qui peut être utilisé pour l’empêcher d’apparaître : le renforcement démesuré du « moi ».

 


 1 ) Le symptôme de déchaînement émotionnel :


 

Un personne éprouve de façon douloureuse une crise émotionnelle par un éprouvé intérieur involontaire se rattachant au domaines des émotions propres, de celles que l’on peut se créer soi-même involontairement.

 

 

La peur aigüe peut ainsi s’établir de façon éprouvante et elle sera souvent confondue en clinique avec l’angoisse. Dans l’angoisse comme symptôme, la personne éprouve une peur diffuse du dehors, de ce qui peut surgir de menaçant autour d’elle. Ici, il s’agit d’un éprouvé interne et la personne n’est pas tournée vers l’attente d’un danger extérieur. S’il y a danger, il est interne et la personne peut traduire ça comme une impression de devoir mourir subitement. Si son cœur s’emballe et palpite, c’est qu’elle va faire une crise cardiaque. Si ses bronches se spasment, c’est qu’elle va mourir étouffée etc. Elle montre souvent son épigastre.

 

 

D’autres émotions peuvent apparaître de façon outrée et intempestive : la tristesse par exemple. Il s’agit de la tristesse comme symptôme, qui surgit involontairement et qui est tout à fait différente de la passion triste du « trait » mélancolique, où la personne colle à son affect et le recherche. Ici, nulle recherche de cela et la personne peut vous dire qu’elle n’a aucune raison d’être triste ainsi et de se retrouver aussi éprouvée par cette poignante émotion. Ou la raison qui semble provoquer une telle tristesse ne paraît pas du tout suffisante pour déclencher une telle intensité symptomatique. On parle alors de dépression réactionnelle pour indiquer que le symptôme apparaît bien en réaction à un événement mais qu’il ne mérite pas une telle tristesse. C’est souvent le cas aussi de la « dysthymie » où le bouleversement émotionnel est sans commune mesure avec l’évènement : ici pour la tristesse ou pour la joie. La stupeur soudaine peut se rattacher à ces réactions comme un effroi total ou une tristesse totale qui paralyse la personne.

L’irritabilité, la rage, la fureur vont pouvoir amener des réactions agressives et auto-agressives déplorées ensuite. Leur caractère fortuit, non préparé et incompréhensible permet de les distinguer des passages à l’acte de la mélancolie longuement ruminés et souvent très rationalisés et justifiés.

 


 2 ) Le moyen de défense contre le symptôme de surémotion : le renforcement démesuré du « moi »


 

Affirmer son « moi », c’est à dire construire et renforcer déjà pour soi une image de soi externe, une « apparence » singulière, va fournir le meilleur moyen de défense contre le risque du surgissement douloureux du symptôme de débordement émotif.

 

 

Il s’agit de renforcer cette image là où elle est la plus élaborée pour la personne, là où elle lui a servi le plus à se constituer comme individualité, comme personnalité singulière, différente. Cela peut commencer par l’aspect du corps en soi : l’affiner sans cesse par la danse ou le muscler sans cesse par l’exercice physique et le body building ; le sport en général avec sa valorisation actuelle va volontiers servir de prétexte pour cet effort qui peut devenir démesuré de renforcer l’apparence du corps. Notons aussi le développement actuel du tatouage le plus globalisant. La notion de « genre » sert à affirmer une identité sexuelle propre.

La transformation corporelle peut devenir encore plus extrême par des moyens hormonaux et chirurgicaux sous prétexte de chirurgie esthétique ou correctrice ; le comble en est actuellement de « changer de sexe » afin de faire coller l’aspect du corps à la personnalité alléguée.

 

 

Mais l’aspect extérieur peut déborder le corps et se concentrer sur l’habillement, le « look » au sens large , avec une préoccupation incessante à ce niveau de coiffures singulières, d’habits de mode rares, d’uniformes particuliers. Réaliser une performance unique peut aussi servir à ce renforcement du moi ( avec le prétexte d’être le premier à avoir réussi telle ou telle chose demandant un effort colossal ). Tout cela pour devenir une « personnalité » distincte et reconnaissable, unique quelque part, au prix de tous les sacrifices.

Tous ces renforcements restent fragiles et le symptôme d’émotion incoercible peut vite réapparaître à l’occasion d’une difficulté matérielle dans le maintien de cette image corporelle ; l’on voit alors la structure psychique en danger d’effondrement plus global.

 

> Pour plus de détails, voir l’article : PERDRE SES MOYENS AVEC SYMPTÔME CONSÉCUTIF DE RÉACTION ÉMOTIONNELLE AIGÜE (crises de panique, de peur paralysante, de stupeur sidérante, de honte évanouissante, de tristesse soudaine, de gaieté explosive...)