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Explication aux psychiatres des deux totalitarismes

(Exposé aux Journées de l’AFPEP, Association Française des Psychiatres d’Exercice Privé, Le Havre, 06-10-2007)

vendredi 30 novembre 2007, par Louys Jacques ©

 
 
 

 

....et pisse tes mots ! logique
(François Oury)

 

Oui ! Nous sommes des êtres de langage et nos sociétés dansent les éléments langagiers de façon tellement évidente que cela nous aveugle. Le langage gestuel, non verbal, est au cœur de la fonctionnalité sociale. Un élément important de cette danse sociale gestuelle, comme du langage verbal, c’est la métonymie que l’on appelle « holonymie ». Le mot est encore peu répandu, mais n’est pas du tout difficile à comprendre. Cette métonymie, c’est celle qui utilise une généralité pour désigner un élément. C’est une des opérations de base du langage : un “tout” pour la “partie”. On parle d’une totalité pour évoquer un composant de cette totalité . On utilise, par exemple, un nom “commun”, un nom de classe, pour désigner un objet concret : je vais dire un "chien” pour parler du toutou que je montre.

Socialement, on utilisera une société étendue pour évoquer un social plus restreint. Il y a donc nécessité pour les hommes qui dansent le social de créer de telles sociétés étendues.

 

 

Deux façons de réaliser l’extension sociale nécessaire à la réalisation de l’holonymie ont été utilisées au cours des siècles par les humains :

  • soit l’extension par l’intérieur ; on enrichit le social par une intégration interne : on prête des propriétés humaines à des éléments “physiques” jusque là pas considérés ; les “physiciens” ont ainsi réalisé la révolution néolithique en intégrant progressivement à leur social des éléments animaux (élevage), végétaux (agriculture) et minéraux (industrie) ; cela leur permet d’occuper leur territoire en adoptant tous ceux qui s’y trouvent ;

 

 

  • soit l’extension par l’extérieur, vers une société encore plus grande dans une conception “métaphysique” cette fois-ci ; on intègre la société humaine dans des sociétés de l’au-delà, en passant des alliances chamaniques et religieuses, ou en s’alliant avec d’autres cultures humaines de la planète vers une société globale ; on crée des filiations temporelles extensives .

 

 

Le capitalisme fait partie de l’extension sociale métaphysique en établissant progressivement un marché unique, une globalisation où il n’est pas question que le médecin s‘isole avec son patient. La transparence est nécessaire dans la métaphysique, c’est le regard de l’autre sans limite puisque le sacrifice qui y est corollaire, c’est le sacrifice du trop personnel, du trop individuel au profit de la lignée temporelle. Le tabou de l’inceste, c’est à dire le tabou de la reproduction en vase clos, est le premier sacrifice métaphysique utilisé.

Les sociétés “physiciennes”, par contre, faites par les producteurs éleveurs, cultivateurs et industriels, ont besoin de règles efficaces de production pour chacun dans son domaine et dans son lieu. Il leur faut des guides de conduites propres, voire secrets, qui les identifient et leur permettent de réaliser les inclusions recherchées. Ces visées fusionnelles et corporatives de mise en place de protocoles de production ont été aussi et sont toujours une manière de tenir la dragée haute aux métaphysiciens capitalistes représentés essentiellement par les assurances dans le champ des soins psychiques.

Ces assurances veulent tout savoir sur ce qui se passe dans ce champ pour faciliter le marché. N’oubliez pas que ce sont les prétentions scrutatrices des assurances aux USA qui ont provoqué cette réaction corporative des travailleurs du psychisme de définir ce qu’ils ont vraiment à faire, ce qui dépend de leur domaine de compétence propre. Ils ont tout fait pour que leur science soit respectée par les assurances en leur clouant le bec avec le D.S.M.  [1] et les protocoles.

Le psychiatre n’a pas à privilégier, dans sa pensée, l’un ou l’autre camp dans leur extension par l’intérieur ou par l’extérieur. Il n’a pas à pencher du côté du camp métaphysique capitaliste internationaliste ou du côté du camp productiviste nationaliste fusionnel et protocolaire.

Cela doit rester pour lui deux aspects de la danse sociale qui réalise cette métonymie fondamentale qu’est l’holonymie. Les deux manières de faire, « territoriales » et « temporelles », dans une extension de surface ou dans une lignée temporelle, sont bonnes. C’est leurs excès qui sont totalitaires quand une façon de faire veut exclure l’autre dans la tête même du praticien.

Le totalitarisme, c’est soit le totalitaire “physicien”, soit le totalitaire “métaphysicien” . Choisir l’un contre l’autre des totalitarismes, c’est passer de Charybde en Scylla. C’est le naufrage assuré !

L’éthique du psychiatre est de ne pas accepter la récupération par un type de totalitarisme. Il s’agit donc bien de les connaître ces totalitarismes concurrents et de ne pas les mélanger. Il s’agit de construire un discours clair à ce propos et de se rendre compte comment le langage nous pilote pour notre bien mais aussi pour notre aliénation.

Dans la demande même du patient que le psychiatre doit arriver à dégager dans les premières consultations, il aura très souvent à faire à une demande de patient “métaphysicien” ou à une demande de patient “physicien”. Il aura à comprendre dans quel totalitarisme son patient est coincé et aliéné.

  • Le patient “physicien” attendra de lui la stricte biologie avec les examens complémentaires, les IRM, les médicaments psychotropes, la rééducation comportementale et cognitive éthologisante, le centrage sur le symptôme, les protocoles strictement validés scientifiquement etc.

 

 

  • Le patient “métaphysique” attendra de lui seulement l’amour du prochain, l’absence de discrimination, l’utilisation des réseaux, l’hospitalisation toujours possible, la sacrifice de l’argent et du temps à donner, la prise en compte de la personnalité, du conjoint, de la famille, de la langue, de la culture d’origine, de la généalogie, la communication la plus libre par les associations d’idées dans la cure de parole, l’utilisation des médecines exotiques ou alternatives, l’extension à la philosophie et à la religion etc.

L’éthique de l’écoute du psychiatre se manifestera alors dans sa réponse au patient :
« Cher patient, j’entends bien votre demande mais mon rôle est de ne pas me coincer avec vous dans l’idéologie où vous fonctionnez car c’est une mutilation de la jouissance de la vie . Ce faisant, je vous ouvre la voie de la libération. Accepteriez-vous d’en profiter ? »

 

 

[1Wikipédia : Le DSM-IV (Diagnostic and Statistical Manual - Revision 4) est un outil de classification qui représente le résultat actuel des efforts poursuivis depuis une trentaine d’années aux États-Unis pour définir de plus en plus précisément les troubles mentaux. Il a été publié par l’Association américaine de psychiatrie en 1994. Il s’agit de la 4e version du DSM.