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Témoignage contemporain : La bataille d’Anne

mardi 1er janvier 2008, par Anne ©

 
 
 

Mon Dieu, ma tête me joue encore des tours. Je ne suis plus là depuis au moins une semaine. Comment atterrir ? Je ne suis plus en possession de mes moyens. J’erre comme une somnambule. C’est reparti, je suis ailleurs. Quel médecin pourra me soigner, me sortir de cette mélancolie latente ? Je n’arrive pas à m’habituer, surtout que je suis mère de trois jolies petites filles. Comment revenir à la réalité ? Comment être vivante ? Je ne suis ni dans le passé, ni dans le présent et je ne me projette pas dans l’avenir. Comment peut-on être sous traitement et rester déprimé ? Quel médicament viendra à mon secours ?

Je vais lasser tout le monde d’être ainsi et je le comprends, mais je n’arrive pas à être différente. Je m’efforce, mais cela ne dure jamais très longtemps. Par contre, mes états d’âme sont de plus en plus longs, différents et chiants. Je passe de la léthargie à la sur-activité, de l’épuisement à l’envie de me battre et d’abattre des montagnes. Mais mon corps ne suit plus ma tête. Il me trahit et cela me plonge encore plus dans la déprime. Il n’y a donc pas d’issue ?

Et cette envie de me bousiller, de me foutre en l’air qui me prend régulièrement toutes les trois semaines ou tous les quinze jours. Arriverais-je encore longtemps à lutter, à esquiver ? C’est peut être ça, le chant des sirènes qu’entendaient les marins. Ma vie est-elle un bateau fantôme, un galion en perdition qui n’a plus personne à la barre ? Ou plutôt si : un capitaine déjanté, perdu dans son propre crâne, pris dans ses tourments intérieurs et qui ne peut voir la réalité telle qu’elle est réellement. C’est comme si je regardais à travers un kaléidoscope. Tout me revient déformé et je n’ai plus le recul nécessaire pour faire la part du vrai et du faux.

J’ai perdu mes facultés de neutralité et d’analyse. Je suis dans l’irréel, dans un monde qui n’existe que dans ma tête. Comment peut-on se sortir d’une telle position ? Ce n’est pas comme si je combattais un monstre ou une épreuve de la vie. Je suis dans une stratosphère chimérique et personne ne peut m’aider. Je n’ai plus la force de faire face à mes démons intérieurs. Qui va élever mes filles ? Elles ne méritent pas le pantin que je suis. Elles seraient traumatisées à vie si je me suicidais.

Où est la solution ? J’ai eu des tas de traitements différents. Je suis suivi par un psy et je ne m’en sors pas. Mon monde m’envahi, je suis comme dans un mauvais film de science-fiction, mais je suis loin d’être une héroïne. Hélas, je n’en ai pas l’envergure. Dois-je me faire interner ? Je pense que oui, mais mes filles dans tout cela ? La plus petite n’a que 6 ans. Il faut que je tienne encore, encore et encore. Si seulement il y avait quelqu’un qui puisse prendre le relais auprès de mes enfants. Mais il y a personne. Je suis donc obligée de lutter et je n’y arrive plus. Je fuis la réalité, je fuis ma vie. Je ne suis qu’une pauvre ingrate, égoïste. Je suis un monstre. J’aurais fait une belle machine à tuer. Oui, j’aurais du me faire sniper ! Vous voyez que tout s’embrouille dans mon cerveau. Que viens faire ce métier dans mon esprit ? Quelle mère de trois belles petites filles innocentes penserait une telle chose ?

Je deviens folle et j’en ai conscience . Mais comment changer le cours de ma vie . Comment éviter de détruire mes filles, leur petite vie d’enfant ? Je voudrais tant être une bonne mère, réussir là ou les trois M ont échoué, ne pas laisser dans la vie de mes filles des blessures et des cicatrices qui ne se refermeront jamais.

J’essaye de rassembler le peu de discernement qui me reste pour accomplir cette tâche . Le fait de l’écrire me permet de remettre un peu les choses à leur place. Un peu, mais un peu plus qu’un peu. Cela me suffira t’il ? Il faudra que je m’en contente, que je m’adapte tel un caméléon. Mais peut être que de donner mes écrits aidera d’autres personnes. Ou quelqu’un m’internera t’il d’office ? C’est cela qui me fait peur, toujours pour mes filles. Elles ont besoin de moi ; même une mère endommagée vaut mieux que rien. Je suis un ersatz, une parodie, mais je suis leur mère et cela ne changera jamais. Non ! C’est la seule chose dont je sois sûre . J’aimerais tant être différente pour elles. Aucun enfant ne mérite de subir la folie d’une mère, aucun. Encore moins mes filles qui sont si belles, si talentueuses, si intelligentes. Je les admire, je les aime. Je voudrais leur dérouler un tapis rouge sous leurs pieds afin que la terre qu’elles foulent ne soient pas souillée. Je voudrais les porter à bout de bras pour leur éviter les embuches et les vicissitudes de ce monde, leur apprendre à nager dans ses eaux troubles et tumultueuses, être là à chaque pas ou faux pas qu’elle feront, redresser la barre de leur navire si besoin, leur donner de l’amour en si grande quantité qu’elles pourront toujours puiser dedans en période de disette, leurs donner tant d’armes que jamais leur défense ne s’effondrera, leur expliquer le danger pour qu’elle sachent le reconnaître et ainsi l’éviter, mettre une bulle entre elles et le destin.

Je vais me battre contre moi-même pour y arriver. Je vais me relever tel le phénix pour les protéger. Je vais redevenir la louve, oublier ma vie pour leur construire un avenir. Elles méritent bien cela. Je vais redevenir une battante pour leur éviter de se battre. Je me battrai pour elles et à leur place, car j’ai l’habitude des chocs. Je deviendrai leur bouclier, leur armure. Je leur éviterai les pièges. Je me transformerai en passerelle pour qu’elles ne tombent pas. Je mordrai à leur place pour qu’elles ne souffrent pas. Je reprendrai mes études s’il le faut pour les aider. Je leur apprendrai à séduire. Je les guiderai dans l’obscurité. Je les ferai reines !