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NON A LA REIFICATION DE L’HUMAIN - Pétition à propos de l’avis du CCNE sur la psychochirurgie

mercredi 1er mai 2002, par Psy désir

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En date du 25 avril 2002, le Comité Consultatif National d’Éthique pour les sciences de la vie et de la santé a considéré que " les nouvelles techniques de neurostimulation cérébrale peuvent trouver dans le domaine psychiatrique un champ d’application réduit à certaines pathologies résistantes aux thérapeutiques habituelles et particulièrement invalidantes telles que les troubles obsessionnels compulsifs (TOC) ". Quelles que soient les qualités de la recherche, documentation, prudence, recommandation et innovation (comme la création d’un Comité particulier qui doit approuver préalablement tout protocole thérapeutique) de cet " Avis ", il comporte de très graves lacunes sur les plans épistémologique, thérapeutique et éthique.

Le sigle " T.O.C. " regroupant un ensemble de signes ou symptômes répétitifs, ne désigne ni un syndrome ni une maladie propre à faire l’objet d’une interprétation de la souffrance du sujet. Sans oublier notre devoir d’accompagnement et d’apaisement de la souffrance du patient, prendre le symptôme pour la maladie est un glissement épistémologique dangereux.

Si l’on accepte d’envisager que le symptôme peut être une construction de l’inconscient - nous ne sommes pas tous psychanalystes mais il s’agit là d’une position communément admise dans la tradition psychiatrique française - le symptôme doit être envisagé comme une expression psychopathologique que l’on ne saurait faire taire sans en connaître le coût dans l’économie psychique. On ne peut nier les échecs, voire les ravages, des thérapeutiques symptomatiques : hystérectomie des hystériques, déplacements des symptômes dans les thérapies comportementales des phobiques, apparition de l’angoisse ou recrudescence de la psychasthénie chez les obsessionnels privés de leurs rituels, suicide des alcooliques après cure de sevrage etc. Il convient de noter de surcroît qu’à l’éclairage de la psychopathologie, la demande du patient de supprimer son symptôme doit être aussi elle-même considérée comme un symptôme. Répondre ici à la demande, c’est se faire complice de la maladie aux dépens du malade. Il faut donc être extrêmement vigilant quant à la fiabilité de l’accord du patient vis-à-vis d’une thérapeutique. La prudence latine, qui donne la préférence à la conservation de l’intégrité corporelle est sans doute ici plus judicieuse que la position anglo-saxonne, pourtant plus confortable et pragmatique, qui se réfugie derrière le dogme supposé démocratique du consentement de l’intéressé.

L’occultation de ces aspects du problème dans l’avis du CCNE nous paraît susceptible de donner libre cours à certaines dérives. Ne considérer que le symptôme, et non pas le malade et sa maladie dans son ensemble, peut, si l’on y prend garde, conduire à justifier n’importe quelle technique de soins, sans plus tenir compte de l’intérêt du sujet pris dans sa globalité. En escamotant le rapport singulier que chaque patient entretient à son symptôme, ces conduites anéantissent les principes mêmes de la clinique psychiatrique. Plus grave encore, au-delà de la seule psychiatrie, en affirmant ainsi le primat de l’homme-machine sur toute autre conception, une telle réduction est délétère sur la médecine tout entière : elle assigne du même coup à l’art médical la seule ambition de " normaliser " les comportements humains, disqualifiant ainsi toute autre perspective, et ouvrant les portes aux pires dérives que ce soit, de manière insidieuse, dans le champ social ou, de manière encore plus choquante, dans le champ économique où la recherche du profit n’a de limite que celle qu’on lui impose.

C’est pourquoi, nous, psychiatres de tous modes d’exercices, publics, universitaires et privés, signataires de la présente pétition demandons aux pouvoirs publics de prendre la mesure des dangers contenus dans l’avis du CCNE et d’exercer la plus extrême vigilance quant à ses modalités d’applications. Nous demandons également au CCNE de reconsidérer son avis en tenant compte des aspects humain et psychopathologiques développés ci-dessus.


Premiers signataires :

C. Azouri, P. Lacaze, O. Schmitt, A. Besse, E. Roueff, P. Bourjac, J.-J. Laboutière, ML. Lacas, J.Louys, D. Jean-Pierre, J.-J. Xambo, M. Burdet-Dubuc, L. Sarfati, P. Cristofari, F. Fabre.