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De la difficulté au trouble (4) : ASPECTS AFFECTIFS, SOCIAUX ET PÉDAGOGIQUES > Les aspects socio-affectifs de l’évolution du langage

L’évolution du langage chez l’enfant - INPES - Juin 2004

lundi 30 mai 2005

L’évolution du langage chez l’enfant est la résultante des
interactions entre des capacités innées et l’influence de l’environnement.
Les capacités potentielles de traitement du message de la
parole font référence à la notion de développement : l’évolution
du langage de l’enfant est en effet génétiquement programmée.
Les influences de l’environnement renvoient quant
à elles aux notions d’acquisition et d’apprentissage : l’évolution
du langage de l’enfant nécessite également une médiation
linguistique.

Cette médiation est tout d’abord orale et intrafamiliale, puis
orale et écrite dans un contexte élargi à l’école et à la société.
On doit donc souligner l’importance des stimulations sensorielles,
affectives, sociales, pédagogiques et, par voie de
conséquence, le poids des carences de l’environnement sur
cet aspect de la personnalité de l’enfant.

Précision : Le bilinguisme, notamment le bilinguisme des
enfants récemment immigrés, constitue également un facteur
important de l’évolution du langage en général, et de l’apprentissage
de la langue écrite en particulier. Toutefois, cet
aspect ne peut être abordé dans cet ouvrage à caractère
nécessairement non exhaustif.
ts affectifs, sociaux et pédagogiques de l’évolution du langage L’évolution du langage chez l’enfant : de la difficulté au trouble

I. Les aspects socio-affectifs de l’évolution du langage

Le développement du langage chez l’enfant dépend bien sûr de
prédispositions naturelles. Mais il s’agit aussi du résultat d’un
apprentissage réalisé dans le cadre d’interactions sociales.
Les interactions entre la mère et l’enfant constituent la base de
l’évolution langagière et du développement intellectuel et affectif
de l’enfant. Les carences affectives, totales ou partielles, ont pour
conséquence une altération du développement global de l’enfant.
Dans tous les cas, ces carences affectent de façon plus ou moins
sévère l’évolution du langage.

A. Affectivité, interactions sociales et langage

L’enfant manifeste dès sa naissance un ensemble de conduites
affectives qui lui permettent d’exprimer des besoins de base centrés
sur l’alimentation. Il naît également dans un monde où on
interprète ses cris ; cette interprétation est accompagnée des gestes
et des paroles d’une mère (ou de toute autre personne assumant
ce rôle) qui améliore régulièrement sa capacité à comprendre
les pleurs, les regards et les sourires de son bébé.

Le bébé apprend en retour à maîtriser l’effet de son comportement
et donc à communiquer avec l’intention d’obtenir un effet particulier
 : il s’agit là d’une communication intentionnelle. Dès l’âge de
deux mois, la capacité à répondre aux objets et aux personnes
familières par un sourire tend en effet à montrer que les conduites
affectives précoces ne sont pas uniquement biologiquement déterminées
mais traduisent bien la participation de l’enfant à un système
affectif de communication. Dans ce système, l’enfant est
capable de faire des comparaisons et peut manifester son attente
vis-à-vis d’un fait agréable sur le point de survenir ; il ne réagit donc
pas simplement à des stimuli, il peut « penser » les événements et
leurs effets.

Pour désigner les interactions particulières au cours desquelles
l’enfant apprend à communiquer, on parle classiquement de « formats
de communication ». Il s’agit de situations caractérisées par
une intention, un but et dans lesquelles se déroule une série de
processus rapidement routiniers, formant un cadre pour des communications
bien spécifiées, verbales ou non verbales (par exemple
lors des repas ou du coucher de l’enfant).

Une grande partie de l’activité de l’enfant au cours de la première
année de vie est ainsi sociale et communicative. L’affectivité, la
connaissance et la communication se développent conjointement
et de façon indissociable dans le cadre d’interactions qui conduisent
l’enfant à beaucoup apprendre sur le langage avant même de
l’avoir acquis. Lorsqu’il commence à utiliser les premières expressions
qui peuvent être considérées comme des mots, il a déjà
acquis une maîtrise certaine de la communication.
Il est toutefois surprenant de constater la perfection avec laquelle la
mère et l’enfant se comprennent, ainsi que l’efficacité du système
de communication développé par l’enfant dès les premiers mois de
vie. Cette surprenante rapidité est liée à l’existence, dès la naissance,
d’un équipement relativement développé en mécanismes
intellectuels et perceptifs pour affronter le monde. Sur le plan de la
perception visuelle, l’enfant est capable, avant quatre mois, de discriminer
les formes et les couleurs. Concernant la perception auditive,
il a découvert, dès sa troisième semaine de vie, la plupart des
nuances de la voix humaine. Il manifeste une préférence pour la
façon généralement adoptée pour parler aux bébés et il est capable
de discriminer la voix de sa mère parmi plusieurs voix. De plus, dès
l’âge de trois mois, les différentes capacités perceptives des sons
de la parole habituellement observées chez l’adulte sont présentes
chez l’enfant.

Avec de telles capacités, le bébé peut donc, dès ses premières
semaines de vie, être sollicité par des stimuli visuels et auditifs
variés. Or le visage de la mère, objet d’une attention sélective du
bébé, regroupe précisément l’essentiel des stimuli auxquels il est
sensible : la brillance et le mouvement des yeux, les contrastes de
couleur entre les différentes parties du visage (peau, sourcils), les
mouvements de la bouche qui sourit et émet des sons de mille
manières.

Vers l’âge de an en moyenne, l’enfant émet des séquences syllabiques
spécifiquement liées à un contexte donné (et pas encore
généralisées à d’autres contextes qui pourraient être similaires). À partir d’un certain niveau de fréquence d’utilisation par la mère, les
syllabes dupliquées (do-do, bo-bo...) évoluent d’une part vers des
mots correctement prononcés et, d’autre part, vers une application
à des usages moins fréquemment rencontrés. La répétition des
processus de généralisation s’accompagne ainsi d’une découverte
du langage en tant que représentation de la réalité et d’une prise
de conscience du fait que tout ce qui est perçu comme différent doit
être nommé différemment.

L’acquisition dans le cadre d’interactions mère-enfant rend compte
du fait que jusqu’à l’âge de 2-3 ans en moyenne, pratiquement tous
les mots utilisés par l’enfant sont les mêmes que ceux utilisés par
la mère. De même, la grammaire acquise par l’enfant, à partir de
l’âge de dix-huit mois en moyenne, sera pour une large part celle
proposée par la mère.

B. Les conséquences des carences affectives
et sociales sur l’évolution du langage

Si l’évolution du langage chez l’enfant résulte de l’interaction entre
ses capacités propres et l’influence de son environnement, on doit
prendre en compte les effets d’une insuffisance de stimulations
sensorielles, affectives et sociales.

Une situation bien connue de carence partielle est celle de la maltraitance
infantile. La maltraitance entraîne classiquement un
retard de parole et de langage, l’expression étant plus atteinte que
la compréhension : l’articulation est déficiente, le vocabulaire est
pauvre, la maîtrise des formes syntaxiques est peu développée. Les
troubles du langage coexistent habituellement avec un retard de
croissance, un retard intellectuel et des difficultés majeures dans
les apprentissages scolaires.

Le manque de stimulation verbale ne semble pas constituer le facteur
le plus important dans la genèse des troubles observés. Cette
carence partielle isolée n’entraîne en effet pas de retard de langage
 : les enfants de parents sourds qui communiquent avec leurs
parents sur un mode non verbal présentent une évolution normale
du langage oral. Il semble que le manque de stimulation verbale
n’a de conséquences sur le développement de l’enfant que lorsqu’il
est associé à une carence d’amour et d’affection. Cette
carence a pour conséquence le défaut de participation de l’enfant à
un système affectif de communication, condition déterminante de
son développement. Il en résulte des inadaptations émotionnelles
et sociales. L’enfant souffrant de carences affectives est en
effet « désinhibé » au plan social : il ignore les différences qui existent
dans les relations sociales et n’arrive pas à nouer de véritables
relations affectives.

Amplement décrite au milieu du XXe siècle et habituellement désignée
sous le terme d’hospitalisme, la carence institutionnelle
indique des déficits sévères du développement physique et
psychologique observables chez des nourrissons placés dans des
institutions. En dépit d’une hygiène et d’apports nutritionnels satisfaisants,
l’enfant souffre de l’impossibilité de créer des liens positifs
avec un adulte sensible à ses besoins et qui lui apporte amour
et tendresse. À la phase de prostration initiale, contemporaine de
la séparation avec les proches, succèdent rapidement une phase
de désespoir caractérisée par le refus de s’alimenter, puis une
phase de détachement marquée par une tendance à l’isolement.
L’hospitalisme est devenu une éventualité rare. Toutefois, dans certaines
parties du monde, existent encore des institutions qui ne
réunissent pas les conditions psychologiques minimales pour un
développement correct des enfants.

Des carences totales ont pu être observées dans les cas extrêmes
des « enfants sauvages ». Lors de leur découverte, aucun des ces
enfants ne parlait. On se souvient en particulier du cas très symbolique
de Victor, l’enfant sauvage de l’Aveyron trouvé en 1799 alors
qu’il était âgé de douze ans environ. Les tentatives de rééducation
furent vaines : Victor ne put acquérir le langage, ni la plupart des
conventions sociales. Toutefois, son cas, comme d’ailleurs la plupart
des cas historiques d’enfants sauvages, a posé le problème
des raisons précises de l’abandon. On s’est demandé en particulier
si les raisons de cet abandon n’étaient pas liées à une pathologie
autistique ou à un retard intellectuel profond.
Quoiqu’il en soit, le fait que le langage ne puisse être rééduqué
au-delà d’un certain âge suggère l’existence de périodes sensibles
pour le développement du langage. Cette notion est encore discutée. Cependant, l’hypothèse selon laquelle le langage s’acquiert
dans les douze premières années de la vie est largement
acceptée. On observe en effet que le traitement précoce des
carences environnementales, comme par exemple le placement
d’un enfant maltraité en famille d’accueil, contribue à la récupération
parfois rapide et totale du langage.



Lire la suite : II. Aspects pédagogiques de l’évolution
du langage chez l’enfant




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