Accueil > Textes concernant le rapport au corps > INPES - Rapport du Dr Marc Delahaie : De la difficulté au trouble - (...) > De la difficulté au trouble (8) : ASPECTS PATHOLOGIQUES DE L’ÉVOLUTION DU
De la difficulté au trouble (8) : ASPECTS PATHOLOGIQUES DE L’ÉVOLUTION DU LANGAGE : LA NOTION DE « TROUBLES SPÉCIFIQUES DU LANGAGE » > Les troubles spécifiques de l’évolution du langage oral
L’évolution du langage chez l’enfant - INPES - Juin 2004
lundi 30 mai 2005, par
Glossaire des principaux termes de linguistique et de psychologie utilisés dans le rapport
ASPECTS PATHOLOGIQUES DE L’ÉVOLUTION DU LANGAGE : LA NOTION DE « TROUBLES SPÉCIFIQUES DU LANGAGE »
I. Les troubles de l’évolution du langage
A. Aspects neuropsychologiques du langage
B. Du dépistage au diagnostic
III. Les troubles spécifiques de l’évolution du langage oral
A. Les retards simples de parole et de langage
B. Les dysphasies de développement
III. Les troubles spécifiques de l’évolution du langage oral
La notion de trouble spécifique du développement du langage
(TSDL) est définie par toute apparition retardée et tout développement
ralenti du langage qui ne peuvent être mis en relation
avec un déficit sensoriel, avec des troubles moteurs des organes
de la parole, avec une déficience mentale, avec des troubles
psychopathologiques, avec des carences socio-affectives graves,
avec un dysfonctionnement ou une lésion cérébrale évidente.
Les TSDL affectent 4 à 6 % des enfants d’une classe d’âge, 1 %
étant porteurs de formes sévères. On distingue deux types de
TSDL : les retards simples de parole et de langage et les dysphasies
de développement.
A. Les retards simples de parole et de langage
Il s’agit de TSDL dits « bénins », dans la mesure où ils se comblent
entre les âges de trois et cinq ans sans laisser de séquelles.
Ils n’ont pas d’incidence particulière sur l’acquisition du
langage écrit. Le cadre explicatif de ces troubles serait celui d’un
simple retard de maturation. On distingue :
Le retard de parole : il s’agit d’une forme phonologique pure
dans laquelle la programmation - c’est-à-dire le choix des phonèmes
entrant dans la constitution d’un mot, ainsi que leur mise
en séquence correcte - est perturbée. Par exemple, le mot
/gato/ pourra être prononcé /tato/ ; en revanche, chez le même
enfant, le phonème /g/ du mot « gare » peut être produit correctement.
Le retard de langage : le déficit est à la fois phonologique et
syntaxique. Aux symptômes du retard de parole s’ajoutent des
difficultés à associer les mots en phrase et à manipuler les composantes
grammaticales. La sévérité du retard de langage est
variable : il peut s’agir au minimum de maladresses syntaxiques
et, au maximum, d’un tableau proche de l’agrammatisme [1] avec
des élisions (notamment des omissions de mots outils : articles,
pronoms...) et l’absence de flexions verbales [2] (par exemple, les
verbes sont le plus souvent employés à l’infinitif). Il s’agit de perturbations
normales au cours de l’évolution du langage, mais
dont la persistance au-delà d’un certain âge conduit à poser le
diagnostic de retard de développement.
B. Les dysphasies de développement
Contrairement aux retards simples de parole et de langage, les
dysphasies développementales constituent des troubles significatifs,
sévères et durables de l’évolution du langage oral.
1. Les principales caractéristiques des dysphasies
La gravité des symptômes : La dysphasie constitue un handicap
sévère sur le plan de la communication. Ce constat est valable
quelle que soit la forme clinique envisagée.
Les troubles associés : En matière de dysphasie, les troubles
associés sont fréquents. Ils concernent en particulier la motricité
fine (ils sont responsables dans ce domaine d’un certain degré
de maladresse d’écriture), la mémoire verbale à court terme
(mémoire phonologique de travail) et le comportement qui peut être altéré avec, à des degrés variables, une instabilité motrice
(hyperkinésie) et psychique (irritabilité, intolérance aux frustrations,
agressivité parfois).
La notion de durabilité : Les déficits linguistiques observables
chez l’enfant dysphasique tendent, à des degrés variables, à
persister à l’âge adulte.
Le caractère persistant des troubles, associé à un certain degré de
résistance aux protocoles de rééducation, rend compte d’une évolution
le plus souvent péjorative des apprentissages scolaires, et
en particulier de l’apprentissage du langage écrit. Ainsi, selon certains
auteurs, la plupart des enfants dysphasiques deviennent dyslexiques.
Toutefois, ce constat doit être nuancé : selon d’autres
auteurs, la dysphasie ne constituerait pas un facteur de risque pour
la survenue d’une dyslexie développementale.
La notion de déviance : Elle pourrait signifier que le développement
du langage des enfants dysphasiques est qualitativement différent
du développement normal. Cette notion est à distinguer de la
notion de langage retardé : dans ce dernier contexte, un enfant
acquiert le langage à un âge plus tardif qu’un enfant normal. Le
caractère déviant du développement langagier de l’enfant dysphasique
est encore discuté mais certains marqueurs de déviance ont
pu être proposés : les troubles de l’évocation lexicale, réalisés en
particulier par le manque du mot (ex. : incapacité à nommer une
image) ; les troubles de l’encodage syntaxique entraînant au pire
un tableau d’agrammatisme (ex. : incapacité à construire une
phrase élémentaire de type sujet-verbe-complément ou sujetverbe-
adjectif) ; les troubles de la compréhension verbale en dépit
d’un stock lexical parfois normal ; l’hypospontanéité verbale (l’enfant
s’exprime « à regret ») ; enfin, la dissociation automaticovolontaire
(incapacité de certains sujets à produire des phonèmes
sur demande, alors que ces phonèmes peuvent être produits spontanément).
Le caractère structurel : L’origine des dysphasies est probablement
de nature multifactorielle : on conçoit en effet l’existence
de facteurs liés en particulier à l’environnement relationnel et
socioculturel. Toutefois, l’hypothèse du caractère structurel de la
dysphasie de développement est étayée par un ensemble de
données portant d’une part sur des aspects génétiques, d’autre
part sur des aspects neurologiques. Depuis une vingtaine
d’années, certaines recherches tendent en effet à conforter l’hypothèse
de l’origine génétique de la dysphasie. On a ainsi pu
observer des formes familiales de dysphasie, une prévalence
plus élevée chez les garçons, des taux de concordance de la
pathologie plus élevés chez les jumeaux monozygotes (enfants
issus du même ovule) que chez les jumeaux dizygotes (enfant
issus d’ovules différents). Enfin, on a pu localiser un gène impliqué
dans l’acquisition du langage dont l’altération pourrait rendre
compte de l’existence de certaines formes familiales de
dysphasie.
Les données d’imagerie cérébrale plaident par ailleurs en faveur
d’anomalies morphométriques des hémisphères cérébraux : les
sujets dysphasiques présenteraient avec une plus grande fréquence
des asymétries hémisphériques inverses (mais aussi
des symétries) que les sujets du groupe de contrôle. Ces données
sont toutefois accueillies avec prudence : l’asymétrie
typique des hémisphères (hémisphère gauche plus développé
que l’hémisphère droit) ne s’observerait que chez 60 à 80 % des
sujets de la population générale.
Les aspects thérapeutiques : Si les retards simples répondent
dans la grande majorité des cas de façon rapide et favorable à la
rééducation orthophonique, la thérapeutique des dysphasies suppose
quant à elle la mise en cohérence de multiples compétences
issues des champs de l’éducation (psychologues scolaires, enseignants
spécialisés) et de la santé (médecins, orthophonistes et
neuropsychologues).
2. Classification des dysphasies
On regroupe classiquement les dysphasies en trois groupes :
Les dysphasies dont les troubles prédominent sur le versant
expressif
Il peut s’agir d’un trouble important de la programmation
phonologique, avec une parole fluente mais peu ou pas du tout intelligible ou, à l’opposé, d’une atteinte sévère de l’articulation
de la parole, avec une réduction de la fluence et parfois
une absence totale de parole. Dans les deux cas, la compréhension
(versant réceptif) est normale ou quasi normale.
Les dysphasies avec des troubles portant à la fois sur le versant
réceptif et sur le versant expressif
Le déficit phonologico-syntaxique constitue la forme la plus
fréquente. Sur le versant expressif, la fluence verbale est troublée,
l’articulation altérée, la syntaxe est défaillante avec, au
maximum, un tableau d’agrammatisme. Sur le versant réceptif,
la compréhension est réduite, mais dans des proportions
moindres que ne le laisserait supposer l’importance des troubles
de l’expression. Le déficit phonologico-syntaxique peut
être majeur et par conséquent confiner au mutisme.
L’association à une atteinte sévère, voire à une abolition de la
compréhension, réalise un tableau proche de celui de l’agnosie
auditivo-verbale.
Les dysphasies en rapport avec un trouble de la formulation du
langage
Il s’agit tout d’abord du déficit sémantique et pragmatique : la
parole est fluente, les phrases correctement structurées et le
vocabulaire adapté. En revanche, le langage est inadapté au
contexte et la compréhension d’énoncés complexes est déficiente.
Le déficit lexico-syntaxique est caractérisé quant à lui
par une syntaxe immature et un trouble de la compréhension
des énoncés complexes.
Lire la suite : Les troubles spécifiques de l’apprentissage
du langage écrit
Notes
[1] L’agrammatisme
se caractérise par une relative
incapacité à construire
des énoncés grammaticalement
corrects (du type sujet-verbecomplément).
[2] Il s’agit des terminaisons
des verbes.